M. Vauzelle : "L'UPM, l'ambition de porter au plus haut niveau la voix de la diplomatie de proximité"

le Vendredi 22 janvier 2010

 

Suite à la session inaugurale de l'Assemblée des régions et des villes de la Méditerranée (ARLEM), Michel Vauzelle, Président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur explique pour Placedeurope.eu les attentes de la région PACA et son implication dans l'aire régionale méditerranée. Une vraie vision de l'UPM.

 

Le 13 juillet 2008, jour du lancement du projet d’Union pour la Méditerranée, vous avez lancé un appel au Président de la République demandant que les autorités régionales et locales participent activement aux futures institutions de l’UPM. Un an et demi plus tard, où en est ce projet ? Les régions sont-elles impliquées ?

 

Un appel entendu, l'inscription dans le texte

 

Il est clair que l’appel que nous avions lancé lors du Forum des autorités régionales et locales de la Méditerranée, que nous avons organisé à Marseille les 22 et 23 juin 2008, a été entendu par les chefs d’Etat et de gouvernement le 13 juillet 2008. L’article 3 de la déclaration finale du sommet de l’Union pour la Méditerranée acte cette réalité.

 

Un appel entendu, la création d'une assemblée

 

Le deuxième temps de cette reconnaissance a été la mention de la création de l’assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM) dans les conclusions de la réunion des ministres des Affaires étrangères du partenariat euro-méditerranéen, en novembre 2008 à Marseille, sous présidence française.

Cette reconnaissance du rôle des régions est celle de leur implication quotidienne dans le partenariat et la coopération avec les rives sud et est de la Méditerranée, pour faire avancer les dynamiques de développement régional et local, en prenant appui sur les dispositifs nationaux, européens et internationaux qui existaient avant le sommet de Paris. Je dois préciser que ce sommet était postérieur à l’adoption des politiques européennes 2007-2013, qui est intervenue en 2005.

 

Le seul appel manqué : l'absence de mesure budgétaire spécifique

 

N'ayant arrêté aucune mesure budgétaire spécifique, il n’a donc eu aucun impact sur ces dispositifs. D’un point de vue institutionnel par contre, notre engagement s’est bien entendu accru dans le cadre de ce nouvel espace politique unissant l’Europe et la Méditerranée. Il s’agit aujourd’hui de préparer, notamment avec l'ARLEM, l’avenir des politiques euro-méditerranéennes et la manière de mieux nous organiser pour relever ces nouveaux défis.

 

 

Qu’apporte ou peut apporter concrètement l’UPM à une région comme la votre ?

 

A court terme elle apporte essentiellement une mobilisation politique au plus haut niveau qui permet de faire avancer plus facilement un certain nombre d’initiatives auxquelles nous réfléchissions depuis longtemps.

 

Une mobilisation politique

 

Michel VAUZELLE - Elu à la tête du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur en 1998, réélu en 2004, Michel Vauzelle est né le 15 août 1944 à Montélimar. Diplômé de l’IEP Paris, avocat de profession, il a été porte-parole de la Présidence de la République de 1981 à 1986, ministre de la Justice de 1992 à 1993, maire d’Arles de 1995 à 1998, député des Bouches-du-Rhône de 1997 à 2002. Réélu lors des législatives de juin 2007, il a retrouvé depuis son mandat de Député des Bouches-Rhône.

Un exemple : nous constatons depuis une dizaine d’années une perte notoire de l’influence française dans la coopération technique avec les pays du Maghreb. L’ingénierie française est moins présente, notre capacité collective de mobiliser notre expertise pour accompagner les changements territoriaux au sud également.

 

Ce thème intéresse nos acteurs régionaux au plus haut point, mais elle interpelle aussi la capacité d’expertise que la France est en mesure de mobiliser à l’international dans chacun de ses ministères ou de ses agences.

 

Nous avions ainsi exprimé le souhait de créer à Marseille un pôle d’expertise territorial associant l’Etat et les collectivités territoriales les plus impliquées, pour organiser de manière collective notre capacité de réponse et de co-construction de nouvelles politiques de développement en Méditerranée sur des thèmes comme l’environnement, l’innovation, le développement rural et urbain qui touchent les populations dans leur quotidien.

 

Une capacité d'expertise :  la création d'une agence "Villes et territoires durables en Méditerranée"

 

J’ai le plaisir de vous annoncer que, grâce à l’impulsion politique apportée par l’Union pour la Méditerranée, ce projet est en voie d’aboutir. Nous travaillons actuellement avec la DATAR, le ministère des Affaires étrangères, la Caisse des dépôts et consignations et l’Agence française de Développement à la création d’une agence « Villes et territoires durables en Méditerranée », qui aura pour vocation de dynamiser en un même lieu nos moyens et nos compétences sur les thèmes de la formation et de l’ingénierie de projet, en association étroite avec la capacité de coopération décentralisée de nos collectivités territoriales régionales. Sans l’UPM ce projet n’aurait sans doute pas vu le jour.

 

Une force dans les négociations budgétaires

 

A moyen terme, je reste convaincu que la véritable valeur ajoutée de l’UPM se traduira dans les négociations européennes sur les orientations budgétaires 2014-2020 qui devront aboutir en 2011.

 

Vous le savez, j’ai porté il y a deux ans une proposition en ce sens qui reste d’une actualité brûlante : mettre en place une véritable politique de développement régional au sud et à l’est de la Méditerranée, inspirée des succès de la politique européenne de cohésion.

 

L’UPM aura permis ces deux dernières années de remettre au cœur du débat européen la question méditerranéenne. Utilisons cette dynamique politique pour aboutir prochainement à une multiplication des moyens qui n’est toujours pas intervenue à ce jour, quelles que soient les déclarations que l’on peut entendre ça et là et qui confondent très souvent les dotations financières des prêts.
 

 

En quoi consiste votre projet d’union des régions et des autorités locales de la Méditerranée ?

 

La Méditerranée foisonne d’initiatives, de réseaux et de bonnes volontés. Les collectivités régionales et locales italiennes, espagnoles, françaises ou grecques ont compris depuis bien longtemps qu’une partie de leur destin était intimement lié à l’avenir de leurs homologues des rives sud et est méditerranéennes et qu’il y avait urgence à collaborer davantage ensemble.

 

Une évolution vers la décentralisation et la déconcentration

 

Nos amis du sud sont extrêmement demandeurs. Il y a une évolution vers la décentralisation et la déconcentration, vers la modernisation de l'administration locale, pour lesquelles nous sommes sollicités. Nous avons donc besoin de renforcer notre dialogue et nos outils pour apporter une contribution efficace.

 

Le développement de nouveaux outils

 

Sur ce point, nous avons déjà un certain nombre de partenaires : la Commission européenne qui a développé de nouveaux outils financiers nous permettant de franchir de nouvelles étapes opérationnelles, le système des Nations unies également qui a compris que l’avenir d’une grande partie des politiques de développement passait par l’implication des collectivités régionales et locales.

 

L'organisation d'un réseau

 

Pour développer cette capacité d’échange politique et technique, nous devons mettre un peu d’ordre dans nos réseaux. C’est, poursuivant le travail mené par la Commission Méditerranée de CGLU, l’objectif de la création d’un réseau global de collectivités régionales et locales méditerranéennes qui conjuguera les efforts existants, nourrira le travail plus institutionnel de l’ARLEM et fournira aux Etats et aux organisations internationales des pistes de progrès dans la conception de leurs politiques.

 

 

La région PACA a-t-elle des partenariats avec d’autres régions méditerranéennes, en Europe ou hors d’Europe ? Si oui lesquels ?

 

Notre assemblée régionale a successivement adopté en 2008 et en 2009 une stratégie internationale de la Région et un plan d’action pour la Méditerranée avec, je dois le préciser, un très large consensus politique. Il s’agissait pour moi de remettre en perspective, dans ce nouveau contexte, les politiques de coopération que j’avais mis en place dès 1998.

 

Une coopération structurée avec la quasi-totalité des pays du pourtour méditerranéen

 

A ce titre nous avons une coopération structurée avec la quasi totalité des pays du pourtour méditerranéen : la Région de Tanger-Tétouan au Maroc, la Wilaya d’Alger, le gouvernorat de Tunis, le gouvernorat d’Alexandrie en Egypte, le gouvernorat de Khan-Younis en Palestine, les fédérations de municipalités de Jezzine et de Tyr au Liban, la ville d’Haïfa en Israël, les gouvernorats d’Alep et de Lattaquié en Syrie et la région d’Izmir en Turquie.

 

Nous avons dressé un bilan et des perspectives pour cette coopération et j’ai bien l’intention de profiter de ce nouveau souffle en faveur de la Méditerranée pour leur donner encore plus d’ampleur dans un proche avenir.

 

Plus d'une vingtaine de projets interrégionaux grâce à l'aide européenne

 

Pour ce qui concerne la partie européenne, grâce notamment aux nombreux programmes de coopération interrégionale et transnationale, nous avons développé plus d’une vingtaine de projets opérationnels ces cinq dernières années sur tous les thèmes qui touchent aux politiques territoriales.

 

Autorité Unique de Gestion du programme MED

 

Notre Région assume le rôle d’Autorité Unique de Gestion du programme MED pour le compte de la Commission européenne et de 13 Etats méditerranéens pour un montant de 193 millions d’euros de FEDER. Cela n’empêche évidemment pas des coopérations plus institutionnelles et plus structurées avec nos amis les plus proches.

 

Coopération plus structurée avec nos ami plus proches : de la région Rhône Alpes Méditerranée à la Generalitat de Catalogne

  

Je pense avant tout à l’Eurorégion Alpes-méditerranée que nous construisons avec nos voisins de Ligurie, du Piémont, de Rhône-Alpes et du Val d’Aoste, ou encore à la Generalitat de Catalogne avec laquelle je viens de signer le 20 janvier dernier un accord de coopération à l’occasion de l’assemblée constitutive de l’ARLEM à Barcelone. Je citerai également l’Andalousie, la Campanie ou la Toscane avec lesquelles nous entretenons des rapports très étroits.

 

Coopération avec de grands pays émergents, ou des pays qui comptent d'importantes communautés dans notre région

 

La Méditerranée est au cœur de notre stratégie internationale, car Provence-Alpes-Côte d'Azur est une région ouverte sur le monde. Nous avons ainsi des coopérations très actives avec de grands pays émergents : avec l'Etat et la ville de São Paulo au Brésil, avec l'Etat du Nuevo León au Mexique dont nous sommes très proches par la culture, avec aussi la province de Guangdong en Chine. Il est important aussi d'avoir des coopérations avec des pays qui comptent d'importantes communautés dans notre région. Au-delà de la Méditerranée cela concerne l'Arménie avec qui nous avons des liens historiques et, plus récemment, les Comores.

 

 

Votre région fait-elle partie de l’Assemblée des régions et des villes de la Méditerranée (ARLEM) qui sera officiellement lancée le 21 janvier ? En quoi consiste ce projet ? Qu’apportera-t-il à la région PACA ?

 

L’ARLEM c’est l’étage de reconnaissance institutionnelle dont nous avions tous besoin. Elle sera au partenariat euro-méditerranéen ce que représente aujourd’hui le Comité des Régions dans la construction européenne.

 

Il faudra du temps et de l’énergie bien sûr pour que cette assemblée dispose d’un certain poids auprès des Etats.

 

Nous avons pour ambition d’ailleurs que ses représentants soient systématiquement invités dans les réunions formelles des ministres mais aussi des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union pour la Méditerranée, pour apporter la valeur ajoutée des collectivités régionale et locales à la construction d’un destin commun entre l’Europe et la Méditerranée.

 

C’est pourquoi, en tant que représentant de la Commission interméditerranéenne de la Conférence des Régions périphériques maritimes au sein de cette assemblée, j’ai choisi de m’investir personnellement dans son bureau, auprès du Président du Comité des Régions et des cinq autres membres européens et méditerranéens.

 

Nous devons porter au plus haut niveau cette voix de la diplomatie de proximité qui est si importante pour la paix et le développement économique et social de nos populations.

 

Le saviez-vous ?

En collaboration avec la DATAR, le ministère des Affaires étrangères, la Caisse des dépôts et consignations et l’Agence française de Développement, la région PACA travaille à la création d’une agence "Villes et territoires durables en Méditerranée", qui aura pour vocation de dynamiser en un même lieu les moyens et les compétences de la région sur les thèmes de la formation et de l’ingénierie de projet, en association étroite avec la capacité de coopération décentralisée des collectivités territoriales régionales.

La phrase

"L’ARLEM c’est l’étage de reconnaissance institutionnelle dont nous avions tous besoin.

 

Elle sera au partenariat euro-méditerranéen ce que représente aujourd’hui le Comité des Régions dans la construction européenne."

 

M Vauzellle

Il est intéressant de constituer des associations entre collectivités de différents pays européens afin d'échanger culturellement et mener à bien des projets.

Il me semble qu'il existe des eurorégions, avez vous des infos?