Sophie Briard-Auconie : "Je ne peux imaginer que la Commission soutienne le démantèlement de la politique de cohésion"
Sophie Briard - Auconie est Eurodéputée de la Région Centre Massif Central, en charge d'un rapport sur les fonds communautaires non utilisés par la France. Elle explique pour Placedeurope.eu les enjeux et perspectives de la politique de cohésion européenne, pour laquelle elle tient à se battre tout au long de son mandat.

Quelles sont les principales critiques que l’ont peut formuler aujourd’hui à l’égard de l’utilisation des fonds structurels en France pour la programmation actuelle?
Je pense qu’il convient avant tout de rappeler que la politique de cohésion, en France, c’est 14,7 milliards d’euros de fonds européens (FEDER et FSE) pour le développement de nos territoires, à travers des milliers de projets réussis.
Maintenant, si vous me demandez quels sont les problèmes principaux, je crois qu’il est clair qu’il est urgent d’œuvrer dans trois domaines : d’abord, des procédures de demande de financements européens plus simples, ensuite, une communication plus percutante pour une meilleure mise en valeur des opportunités suscitées par ces fonds, et enfin, une appropriation politique plus poussée des enjeux liés à l’avenir de cette politique.
La France dispose à la fois de nombreuses forces vives porteuses de projets et d’un système administratif développé. Par conséquent, nous ne pouvons pas accepter que dans certaines régions françaises des fonds européens ne soient pas utilisés alors que l’Union européenne les met à notre disposition.
Un "non document" a suscité l'émoi parmi les intérêts des défenseurs régionaux, expliquant que la politique de cohésion allait être réformée après 2013. Cette politique visant à aider les régions les plus pauvres, son évolution n'est elle pas inévitable et preuve de son succès (les régions pauvres devenant les régions riches)?
Comme j’ai eu l’occasion de l’affirmer au Parlement européen, ce document de la Commission européenne « qui existe, sans exister, tout en existant » est tout simplement scandaleux. Aussi bien sur la forme que sur le fond.
Le succès de la politique de cohésion européenne tient à l’application de trois principes clefs:
1/ la mobilisation des acteurs régionaux autour d’un projet de développement, élaboré par les forces vives d’un certain territoire, en partenariat avec l’Etat et l’Union européenne.
2/ la disponibilité de fonds européens sous la forme d’un cofinancement permettant d’assurer un effet de levier aux projets méritant un financement pour assurer leur réalisation.
3/ l’application d’un principe de bonne gestion des fonds selon lequel l’Union européenne finance avant tout des projets ayant une réelle plus-value européenne. Concrètement, 75% des financements européens vont à des initiatives dans le domaine de l’innovation, de la recherche, du développement durable, etc. renforçant la compétitivité de l’Europe dans le monde (« fléchage Lisbonne »).
Dès lors, la politique de cohésion est une bonne politique, utile à toutes les régions européennes, sans exception, et elle représente un vrai succès pour l’Europe. Je ne peux imaginer que le Collège des Commissaires européens soutienne le démantèlement de cette politique tel que présenté dans le « non document » que vous évoquez.
Le Président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso, a dans tous les cas tenu à me rassurer sur ce point, lorsque je lui ai posé la question hier, au cours d’une réunion de mon groupe politique à Strasbourg.
Le Parlement, avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, aura un rôle important dans le vote du budget. Pensez-vous qu’il y aura de fortes oppositions au sein de l’hémicycle sur la Politique de Cohésion ? Entre Etats membres ? Entre groupes politiques ?
Je pense que la raison prévaudra et que les députés européens continueront de soutenir cette politique qui a en plus l’avantage de rendre concrète l’action de l’Europe aux yeux des citoyens européens.
Le message est clair: ensemble, nous Européens, nous travaillons à faire de notre continent un espace plus compétitif au niveau mondial et plus protecteur de l’environnement à travers des projets cofinancés par l’Europe!
J’étais encore dans le Nord – Pas de Calais la semaine dernière où des panneaux européens rappellent aux gens que l’Europe a par exemple contribué à moderniser l’industrie de transformation du poisson à Boulogne-sur-Mer et à revaloriser le site naturel des deux caps, à proximité de Calais.
Les députés européens sont sensibles à cette Europe concrète. Cependant, ne nous voilons pas la face, la politique de cohésion a ses ennemis. Malgré tout, je reste convaincue que les eurosceptiques, les centralisateurs et les « adeptes du tout marché » sont minoritaires au sein du Parlement européen.
Il est clair que je vais consacrer toutes mes forces à promouvoir cette politique dans les négociations budgétaires qui se profilent à l’horizon, aussi bien auprès de mes collègues députés européens que dans les ministères nationaux.
Vous avez été chargée avec Pierre Lequiller de rédiger un rapport sur les pistes qui permettraient d’améliorer l’utilisation de ces fonds en France : avez-vous déjà obtenu quelques réponses ? Quelles sont-elles ?
Comme vous pouvez vous en douter, Pierre Lequiller et moi-même réservons la primeur de nos recommandations au Premier ministre François Fillon et au Secrétaire d’Etat aux affaires europénnes Pierre Lellouche.
Il est clair cependant qu’il s’agira d’aller vers une approche nouvelle des fonds européens, sur le long terme, aussi bien au niveau national qu’au niveau européen. Nous tentons d’avoir une réflexion globale et rencontrons pour ce faire des acteurs impliqués à tous les échelons de la politique de cohésion européenne: des porteurs de projets dans les régions au Commissaire européen en charge de la politique régionale à Bruxelles.
Quel peut-être le rôle des élus locaux dans l’amélioration de l’utilisation de ces fonds en France ?
En tant que premiers interlocuteurs des porteurs de projets sur le terrain, les élus locaux ont un rôle fondamental à jouer. Même si les fonds européens concernent désormais plus les entreprises innovantes que les collectivités locales, les élus doivent utiliser les opportunités subsistantes et être des relais d’information auprès des entrepreneurs, des associations, etc.
A l’heure actuelle, l’immense majorité des élus manque cruellement d’informations sur les fonds européens. Il convient de repenser au plus vite l’ensemble de la mise en œuvre des fonds européens en France. Voici l’objet de la mission que nous a confiée le gouvernement et à laquelle nous œuvrons au quotidien.
Les rencontres que je fais chaque week-end, notamment dans mon euro-circonscription Centre-Auvergne-Limousin, m’indiquent clairement qu’il est urgent de passer à l’action !
En savoir plus :
Simplifier l’accès aux subventions pour rendre l’Europe plus pragmatique - Placedeurope.eu
Interview de Alain Lamassoure sur la place de la politique de cohésion dans les perspectives budgétaires - Placedeurope.eu







