Roger Tropeano : "Culture et Europe se conjuguent obligatoirement avec villes et régions"
A l'occasion de la semaine consacrée aux "Capitales Européennes de la Culture" sur Place d'Europe, Roger Tropeano, président du Réseau d'élus locaux européens de la culture "Les rencontres", explique dans quelle mesure culture et europe se conjuguent obligatoirement avec villes, régions et départements, via le descriptif du travail quotidien de son association.

1. Pouvez vous présenter l'association "Les rencontres"?
Notre association est un réseau d'élus de la culture de trois niveaux de collectivités territoriales : les villes, les collectivités intermédiaires (départements, provinces, comté) et les régions.
Les fondements de notre réflexion sont la Convention Unesco sur la diversité culturelle et l'Agenda 21, qui donnent aux villes une feuille de route dans le domaine de la culture.
Dans le paysage européen, il existe des réseaux de professionnels ou d'artistes assez actifs, qui font un lobbying relativement efficace auprès de la Commission européenne et des réseaux de collectivités issus des jumelages, avec qui nous travaillons au niveau national, européen et même mondial. Mais ces réseaux -ci n'ont pas d'intérêt marqué pour la culture. Nous sommes, de ce fait, les seuls au croisement de la politique et de la culture
Notre réseau est aujourd'hui constitué d'environ 170 membres de 30 pays différents, mais nous informons l'ensemble des collectivités de la grande Europe, membres ou non de l'Union européenne.
Depuis toujours, notre réseau est ouvert non seulement aux collectivités de l'UE mais aussi au-delà. Je pense en particulier à la Norvège qui est un membre très présent mais aussi à la Suisse, ou encore aux Etats de l'Ancienne-Yougoslavie et de l'Europe centrale et orientale. Episodiquement, nous travaillons également avec l'Ukraine, et nous envisageons de travailler avec la Russie.
2. Quel est l'intérêt de vous rejoindre pour une collectivité territoriale?
L'intérêt de nous rejoindre pour les collectivités territoriales est de participer à ce travail de construction d'une Europe de la culture, c'est-à-dire d'un lieu de rencontre, d’échanges mais aussi d'élaboration de propositions aux niveaux local, régional, national et européen.
Professeur de mathématiques, Roger Tropéano a été maire adjoint à la culture de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) de 1977 à 1989. De 1986 à 1995, il a été Président de la Fédération Nationale des Communes pour la Culture, France. Depuis 1994, il est Président de l’Association Les Rencontres. Il a été Délégué à la culture et aux relations culturelles internationales au sein du Parti Socialiste.Nous travaillons par exemple à la rédaction de l'équivalent d'un Livre Blanc des politiques culturelles des collectivités territoriales d’Europe suite à la publication du Livre vert que nous avons publié en 2002.
Pour faire partie du réseau, il suffit d'être membre (direct ou associé).
Pour faire un rapide tour d'horizon, il y a quelques pays peu représentés, dans lesquels il n'y a pas autant de membres que nous le souhaiterions, notamment les pays eurosceptiques comme les Pays-Bas et le Danemark. L'Allemagne est aussi peu représentée car les élus allemands trouvent très bien leur compte dans les Länder. Mais dans l'ensemble, à part une implication particulièrement forte des pays scandinaves, la participation des autres Etats comme l'Italie ou le Portugal varie mais reste homogène.
3. "Les rencontres" est un réseau. Quelle est la spécificité d'un réseau ? Quelle différence avec votre projet d'agence européenne de la culture pour les collectivités territoriales ?
Au-delà de la grande richesse qu'il propose, il existe quelques difficultés à être un réseau. Ses pourfendeurs exigent par exemple des retours immédiats alors qu'un réseau ne peut vivre que sur le long terme par l'appui de ses membres.
Notez, par exemple, qu'il est difficile d'obtenir l'engagement d'un conseil municipal de Zagreb ( membre de notre réseau) pour voter une cotisation à destination d'une association européenne à Paris. Cela demande d'instaurer une grande confiance. Progressivement, depuis les 10 années que nous existons, nous avons réussi à gagner cette confiance, et au fil des ans se sont constituées des amitiés et des connivences entre les membres.
En revanche, un défaut persiste. En effet, nous nous sommes aperçus qu'en tant que réseau, nous n'avions pas les moyens d'agir directement. La logique des réseaux interdit la participation directe à des projets. Ainsi en 2007, nous avons lancé un projet d'agence européenne de la culture pour les collectivités territoriales
Ce projet, qui se développe mais qui n'a pas encore abouti, a pour objectif de créer une légère structure qui puisse permettre à des projets un peu à la marge de se réaliser dès lors qu'il leur manque très peu pour être finalisés.
Avec une agence, nous aurons la capacité de trouver la collectivité qui accueillirait par exemple un auteur en résidence, ou qui participerait à la traduction d'un poème.
Nos membres sont partants pour se donner plus de moyens dès lors que nous restons dans la même logique que le réseau. C'est ainsi que ce projet d'agence est conçu pour nous donner la possibilité d'intervenir non pas dans des projets importants mais dans des projets difficiles afin de permettre leur réalisation.
4. Quel est votre réseau ? Vous travaillez avec des élus locaux de toute l'Europe, travaillez vous également avec les institutions européennes ?
Nous travaillons avec des élus locaux de toute l'Europe. C'est le pluralisme politique. Nous travaillons avec des villes, des régions, des provinces. Cela va de Zagreb, à Lisbonne, à Glasgow, Lausanne, en passant par Rennes et Belgrade etc.
Les rencontres - Temps forts Agenda 2010 :
3 – 6 mars, Pecs, Hongrie : Réunion du Comité et réunion thématique “Crise et culture”
14 – 16 avril Madrid, Espagne : Réunion des élus espagnols de la culture à l’occasion de la Présidence espagnole de l’Union européenne
10 – 13 juin Istanbul, Turquie : Assemblée générale et réunion thématique “Culte(s) et Culture(s)”
Début juillet, Liège, Belgique : Réunion des élus belges de la culture à l’occasion de la Présidence belge de l’UE
16 – 19 Septembre, Saint-Brieuc, France : Réunion thématique européenne “Culture, Territoires et
Solidarité”
14 – 17 octobre, Essen, Allemagne : Réunion thématique: “Métropoles européennes et Culture”
24 – 27 octobre Venise, Italie : Journées de formation pour les Directeurs des Affaires culturelles des collectivités territoriales d’Europe
Dans le cadre de nos actions au sein de structures internationales territoriales, notamment lla CCRE et le CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis), il est important de signaler le rôle nouveau de notre réseau en tant que coordinateur pour la culture de l’ensemble des associations nationales d’élus locaux en Europe.
Ceci témoigne de la forte implication des rencontres dans l’ensemble des villes des pays de l’Europe ainsi que son engagement auprès des institutions européennes, en la représentant dans ce réseau et en défendant les intérêts des collectivités locales.
Notons que nous ne sommes pas dans une logique de lobbying auprès de la Commission. Nous sommes surtout en phase avec le Comité des Régions et la commission Culture du Parlement européen et nous sommes dans une logique d'accompagnement critique de la Commission.
Nous avons notamment été auditionnés à plusieurs reprises par les eurodéputés. Par ailleurs, nous sommes un peu plus confiants depuis le traité de Lisbonne, car l'unanimité n'existe plus dans le domaine de la culture. Cela devrait faciliter les décisions en faveur de la culture même si nous savons que nous continuerons à ne récupérer que les "miettes du grand banquet européen", qui n'en est d'ailleurs plus un.
Il n'y aura jamais beaucoup d'argent pour la culture en Europe, pas avant longtemps en tout cas. Les discussions préparatoires pour les années budgétaires à venir montrent que globalement l'Union européenne n'est pas à la hauteur.
Ainsi, l'action que nous cherchons à mener à Bruxelles est plus politique et culturelle que financière.
Il faut être utopique et en même temps sans illusion de ce point de vue là. Ce n'est pas le doublement du budget de la culture en France en 1981 ! L'espoir doit être dans le travail de l'évolution de la conscience européenne pour reprendre le titre d'un ouvrage d'Hippolyte Taine. C'est cela qui compte. Ne nous imaginons pas qu'à la subvention nationale, départementale, communale, nous allons ajouter la subvention européenne mais pensons plutôt projets, circulation d'artistes, réflexion anthropologique sur la culture, avec toujours le rôle essentiel des territoires en perspective.
5. Selon vous : "Culture et Europe se conjuguent obligatoirement avec villes et régions". Dans quelle mesure votre association participe aux projets des capitales européennes de la culture ?
J'aime bien cette phrase car c'est en effet à partir des villes et des régions que la culture évoluera dans la conscience et la citoyenneté européennes.
Dès l'origine de la création de ce réseau, nous avons senti que la Capitale européenne de la culture était un concept fédérateur et structurant. Même si au début, il s'agissait d'un gadget, il a permis très vite à des villes et des pays d'avoir une réflexion introspective et prospective.
Nous avons des réunions très régulières avec les capitales culturelles anciennes, présentes, et futures. Nous pensons que ce concept, plus que fédérateur, est unificateur, non seulement pour la ville qui réalise ce travail d'introspection mais aussi pour l'ensemble du pays. Le dialogue entre les villes candidates est très important.
Dès 1992, les Rencontres avaient saisit l’occasion des Capitales européennes de la culture pour organiser la circulation de l’association à travers les villes d’Europe. Au mois de juillet dernier, nous avons invité à Avignon toutes les villes capitales culturelles européennes, membres ou non, passées ou futures et même celles qui ont eu des candidatures malheureuses.
Nous considérons que les capitales européennes de la culture sont l'affaire des villes d'Europe. A ce titre, nous aurons aussi toute notre place lors du 25ème anniversaire des Capitales européennes de la culture, qui sera organisé par la Commission les 23 et 24 mars 2010.
6. Comment les collectivités territoriales peuvent elles bénéficier d'aides dans le domaine de la culture ?
Le budget culturel européen est ridiculement faible. Mais il faut constamment, sans aller jusqu'à parler de "clause culturelle", que la culture imbibe les fonds structurels et régionaux.
Il faut utiliser ses fonds pour obliger la Commission à "penser culture". De ce point de vue là, je pense que 'il y a eu des progrès, avec des ombres et risques non négligeable liés aux fondements de base de la construction européenne, que constitue la concurrence libre et non faussée.
La culture doit rester l'exception du marché concurrentiel. Aujourd'hui, la culture demeure une exception mais il existe des projets pour que des pans entiers de la culture entrent dans le système concurrentiel, comme entre autres les aides au cinéma. Les élus doivent se rendre compte de ce fondement de l'action européenne et le contourner absolument.
En savoir plus :
Le programme communautaire Culture (2007-2013) finance des projets et des initiatives visant à mettre à l'honneur la diversité culturelle de l'Europe et à améliorer son patrimoine culturel commun grâce au développement de la coopération transfrontalière entre les acteurs et les institutions du secteur culturel.
Découvrez les objectifs de ce programme et les autres programmes européens de soutien à la culture dans l'outil de recherche des programmes de Placedeurope.
"Ne nous imaginons pas qu'à la subvention nationale, départementale, communale, nous allons ajouter la subvention européenne mais pensons plutôt projets, circulations d'artistes, réflexions anthropologiques sur la culture, avec toujours le rôle des territoires en perspective."
Roger Tropeano
170, c'est le nombre de collectivités territoriales membres du résau "Les Rencontres", représentant 30 Etats de la Grande Europe.







