Marseille - Provence 2013, un territoire européen de la culture

le Mercredi 03 février 2010
En pleine préparation pour 2013, Julie Chenot, directrice internationale de Marseille - Provence 2013, revient pour Placedeurope.eu sur les étapes de la candidature, de la sélection au choix de la programmation, et explique le défi et la spécificité de Marseille Provence 2013, le projet d'un territoire.

 

1.    Pouvez présenter votre projet de candidature pour être Capitale européenne de la culture  (CEC) ?

 

L'envie de se porter candidat pour être Capitale européenne de la culture a émergé à Marseille en 2004, au vu de ce qu'il se passait à Lille. Cette envie s'est d'abord formalisée par un vote du Conseil municipal en 2004.
 

Mais dès le début, cela a été l'idée de la candidature d'un territoire, le territoire de la métropole marseillaise, non pas en tant qu'agglomération administrative mais en tant que territoire élargi à tout le bassin de la ville de Marseille, d'Arles à Toulon.
 

C'est le territoire repris d'une carte pensée par la DIACT, ex DATAR, qui voyait une agglomération plus large.
 

Ainsi, avec la région et le département, il a été décidé de créer une association pour porter la candidature. Aujourd'hui, c'est cette même association qui élabore, conçoit et met en œuvre le projet.
 

Julie Chenot est diplômée de l'ESSEC (Paris). Elle a travaillé de 1995 à 2002 à Pékin sur plusieurs programmes culturels : à l'Ambassade de France en Chine, puis co-directrice de l'agence culturelle chinoise Yi Ren Culture and Arts Exchange Center, organisatrice des premiers festivals internationaux de jazz et de musiques actuelles en Chine; elle intervient ensuite pour les années croisées France-Chine. En 2002 elle rejoint le  bureau de l'UNESCO à Phnom Penh, où elle est conseillère du ministre de la culture et des beaux-arts du Royaume du Cambodge. Elle intègre ensuite le programme du John F. Kennedy Center for the Performing Arts / Vilar Institute for Arts Management à Washington, ou elle participe notamment à l'organisation de Festival de la Chine aux Etats-Unis.

Pour être claire, notre conseil d'administration est composé de toutes les collectivités, l'Etat, la région, le département, les agglomérations mais aussi du monde économique avec notamment la chambre de commerce et d'industrie ou encore le club "ambition top 20" qui est le groupe des 60 plus grosses entreprises du territoire et aussi les universités du territoire,  le port et d'autres gros établissements publics du territoire.
 

Si déjà, Lille 2004 avait engagé toute l'agglomération dans son projet, en France, c'est la première fois qu'une candidature d'un territoire à proprement parlé est présentée. Le seul autre exemple similaire en Europe se trouve dans l'actuelle CEC qu'est la conurbation de la Ruhr.
 

2. Quelles ont été les étapes de la sélection ?

 
 
La sélection s'est faite en deux tours avec un jury européen de 13 personnes, 7 experts nommés par les institutions européennes, et 6 experts nommés par les institutions nationales.

 
La première étape a eu lieu en 2007. Il a fallu remettre un premier projet. Pour être CEC, ce n'est pas comme pour être ville organisatrice des J.O., il n'y a pas à répondre à un cahier des charges précis. Il faut défendre un projet à développer en rapport avec le contexte local.

 
Notre premier dossier correspondait à l'état des lieux, forces et faiblesses de notre territoire et présentait les lignes directrices du projet.

 
Nous développions donc deux axes : l'Europe et la Méditerranée ou comment faire de Marseille et son territoire une plateforme pour les échanges entre la région de Marseille et la Méditerranée, et un projet culturel en lien avec le territoire.

 
La deuxième phase a eu lieu en 2008. Le jury nous a posé un certain nombre de questions et suite au premier dossier, notamment sur des éléments très concrets. Nous avons donc élaboré une programmation détaillée en démontrant que cela entrait bien dans éléments budgétaires que l'on avait.

 
Aussi, le jury nous a demandé d'expliciter en quoi ce projet contribuait aux enjeux européens.

Nous avons axé notre réponse sur la méditerranée et sur ce qui se discute depuis le début du processus de Barcelone, en rappelant qu'un des enjeux de la construction européenne était de conserver et développer des bonnes relations de voisinage. 

 

  3. Quels financements particuliers obtient la ville dans le cadre de cet événement ?

 

Pour une CEC, le seul moyen de financement européen existant est le prix Mélina mercouri. C'est un prix d'1 million et demi d'euros, qui est donné suite à une série d'évaluations. Un comité de suivi, d'experts européens, contrôle chaque capitale. Six mois avant le début de l'année en question, ce jury décide si la capitale reçoit ou non ce prix.

 

Le prix Melina Mercouri est susceptible d'être décernée à toutes les capitales. C'est le nouveau mode d'attribution de fonds aux CEC depuis 2009. Auparavant, un projet à dimension européenne était le critère d'attribution.

 

Cependant, comme Odile quintin, Directeur Général de la DG Education et Culture à la Commission européenne,  l'a bien  rappelé a plusieurs reprises. Ce n'est pas parce que le prix Melina Mercouri est l'unique financement européen fléché pour les CEC, que nous ne pouvons pas postuler à d'autres fonds européens, comme les fonds structurels, ou des appels à projet, des programmes européens en parallèle.
 

 

 4. Travaillez vous en collaboration avec des autres villes françaises qui ont déjà été capitale de la culture européenne comme Avignon ou Lille?

 

Depuis le début de la candidature,  nous avons travaillé de manière rapprochée avec l'équipe de Lille 2004. En décembre notamment, Laurent Dréano coordinateur général de Lille 2004, aujourd'hui le directeur des Affaires culturelles de Lille, est venu à Marseille faire une présentation sur Lille 2004 et maintenant Lillle 3000. Nous sommes donc en contact régulier.

 

Par ailleurs, il existe un groupe de travail informel entre les différentes CEC en cours et futures. On travaille à plusieurs pour échanger les expériences.

 

5. Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans l'organisation d'un tel événement?

 

Les principales difficultés concernent la détermination de la programmation. Tout l'enjeu est de trouver un niveau artistique d'excellence internationale sans empiéter sur une participation des citoyens et habitants du territoire. Cette balance entre ces deux objectifs est la clé du succès d'une capitale. On travaille beaucoup sur la programmation pour réussir ce défi.

 

6. Quel investissement nécessite l'organisation d'un tel événement?

 

L'investissement pour un tel projet varie d'une capitale à une autre et dépend des villes. Par exemple, cette année, il y a trois capitales, Istanbul territoire d'au moins 15 millions d'habitants, Essen pour la Ruhr, territoire de 5 millions d'habitants, et Pecs, une ville de 150 000 habitants.

 

En fonction du lieu, du projet, les besoins sont logiquement différents.

 

En ce qui nous concerne, pour Marseille Provence 2013, le budget est de 198 millions d'euros sur les quatre ans (2009-2013), avec une répartition bien évidemment croissante.

 

Ce budget ne comprend pas d'investissement, c'est un budget constitué uniquement de mesures nouvelles. Ce n'est pas une mise en commun des budgets culture existants. C'est en plus.

 

Cependant, il y a malgré tout des investissements réalisés sur le territoire dans le cadre de Marseille Provence 2013. La construction du MuCEM (Musée des civilisations d'Europe et Méditerranée) n'est par exemple pas comprise dans le budget de 198 millions.

 

Enfin, en terme de ressources humaines, nous nous sommes calés sur Lille. L'équipe de Lille 2004 était composée de 140 personnes en équivalent temps plein (ETP). Nous visons un cœur d'équipe de 60 personnes plus les équipes projet pour 2013, tout en rappelant que l'organisation fait partie d'une dynamique générale du territoire.

 

7. Pouvez d'ores et déjà présenter les grandes lignes du programme de Marseille 2013?

 

Les deux grands axes sont et resteront le partage des midi (sur l'Europe et la Méditerranée) et toujours le lien avec le territoire.

 

Par exemple, nous avons l'ambition de créer une plateforme de création pour les artistes au sens large (du philosophe, à l'architecte par le peintre) de l'Europe et de la Méditerranée.

 

Ainsi, nous développons le projet, les ateliers de l'Euro  Méditerranée. C'est un grand programme de résidence au sein d'institutions qui ne sont pas forcément culturelles. Cela peut être des entreprises, des hôpitaux, des prisons, des écoles où l'on crée l'espace pour que des artistes d'Europe et de Méditerranée puissent venir y travailler des projets artistiques.

 

Pendant la période de candidature, nous l'avons fait à titre expérimental. Aujourd'hui le but est d'en faire 250 à horizon 2013 pour irriguer tout le territoire de nouveaux espaces de création.
 

 

 

La phrase

 

"Pour être CEC, ce n'est pas comme pour être ville organisatrice des JO, il n'y a pas à répondre à un cahier des charges précis. Il faut défendre un projet à développer en rapport avec le contexte local."

 

Julie Chenot, directrice internationale de Marseille Provence 2013

Le chiffre
198 millions

 

C'est en euros le budget de Marseille Provence 2013 hors investissement.