Lille 2004 : ça continue!
Catherine Cullen, adjointe au Maire de Lille déléguée à la Culture était déjà élue en 2004 lorsque sa ville est devenue Capitale européenne de la Culture (CEC). Elle révèle à Placedeurope.eu les clés du succès pour une CEC. Elle revient aussi sur l'originalité du projet Lille 2004 et sur ses répercussions actuelles. Une chose est sûre, la mise 'Culture' de Lille était bien jouée!

1. Quel était l'intérêt pour une ville comme Lille d’être Capitale européenne de la culture (CEC) ?
C'est à relier avec l'histoire de la ville et de la région. Malgré une situation catastrophique dans les années 70 – 80 dans la région Nord-Pas-de-Calais pendant la fermeture des mines, la ville de Lille a misé sur la culture en dépit de toutes les critiques et du scepticisme ambiant.
Au pire moment de la crise économique, Pierre Mauroy a notamment installé toutes les infrastructures culturelles de la ville, le deuxième musée de France après le Louvre qu'est le Palais des Beaux Arts de Lille, un orchestre national ou un centre national de danse. Il y a cru et il a construit ce projet avec coeur.
Catherine Cullen, Adjointe au maire de Lille, déléguée à la culture, France
Depuis plus de 30 ans, Catherine Cullen participe à la conception, la création et l’animation de projets culturels, s’appuyant sur son expérience de différentes cultures et sur sa pratique de la communication en art et en litterature.
Après plusieurs postes de responsabilité dans le monde de l’édition, elle fut rédactrice en chef à la fin des années 80 du Journal culturel européen LIBER (supplément paru dans Le Monde, El Pais, Frankfurter Algemeine Zeitung, The Times Literary Supplement et L’Indice) sous la direction de Pierre Bourdieu, puis conseillère d’Elie Wiesel pour la mise en place de l’Académie Universelle des Cultures (à la demande du Ministère de la Culture et de l’Elysée). Elle a aussi contribué à de nombreuses rencontres et recherches créatives qui ont rassemblé des approches très diverses, européennes et internationales.
C'est d'abord pour cela que postuler pour être CEC avait du sens à Lille. Par ailleurs, cette ville est extraordinairement européenne, à trente minutes de Bruxelles, une heure de Paris et maintenant une heure et demi de Londres.
Voilà les deux raisons principales, il ne manquait qu'un élément déclencheur qu'a été la candidature non retenue de Lille pour accueillir les Jeux Olympiques. Cet echec a abouti à ce rebond de grande ferveur lilloise, conduisant à la décision de se porter candidate pour être CEC.
2. Pourquoi et en quoi Lille 2004 a été un succès ?
Il y a plusieurs raisons. Tout d'abord, Lille n'est pas une ville européenne avec un patrimoine extraordinaire. Il a donc fallu inventer, innover dans la culture. Souvent les CEC ont déjà un beau patrimoine qu'elles se contentent de mettre en avant sans faire grand-chose d'autre.
Il a fallu que nous sortions de l'ordinaire. Là où nous avons été original à l'époque, c'est que dès le départ, nous n'avons pas travaillé seulement avec la ville de Lille mais avec toute la région, et au-delà, avec le transfrontalier. Sept villes belges étaient par exemple dans Lille CEC, et au total, il y avait 193 villes associées.
Nous avons dû faire une offre culturelle exceptionnelle sans pouvoir se reposer sur un patrimoine de départ, comme a pu le faire Bruges, CEC juste avant nous.
Il y a donc eu plus de 1000 manifestations culturelles cette année-là.
Pour nous, être CEC a également permis d'aller plus loin dans l'inscription de Lille au cœur de l'Europe. De ce point de vue là, c'est une réussite. Cela a placé Lille sur la carte du monde. Maintenant, lorsqu'on se déplace en Europe, les gens savent où est Lille.
Autre preuve, nous recevons les délégations de futures CEC se succèdent à Lille pour venir voir et se renseigner sur comment cela s'est passé chez nous! C'est l'équipe de Lille 3000 qui les reçoit.
3. Dans quelles mesures les répercussions de ce succès se font encore ressentir aujourd'hui sur la ville ?
Cela a crée une vraie habitude de travailler ensemble et développé des partenariats extraordinaires qui perdurent encore aujourd'hui.
Par exemple, il y a eu 17% de mécénat pour financer Lille 2004. Un autre point très original pour la France. C'est typiquement un partenariat qui fonctionne très bien encore aujourd'hui.
Autre exemple dont nous sommes fiers : les habitants s'étaient aussi beaucoup impliqués et littéralement appropriés le projet. Il y a eu ainsi 17 000 ambassadeurs de Lille 2004. Un certain nombre d'entre eux se sont même constitués en association et continuent à aider les projets culturels quels qu'ils soient.
Aujourd'hui, nous avons vraiment gagné une capacité à travailler ensemble. Et finalement, je me rends compte que cela est assez rare.
Concrètement, on peut également citer les Maisons Folies : 12 nouveaux lieux culturels créer pour 2004 qui perdurent aujourd'hui et dont nous venons de fêter les 5 ans. Et surtout Lille 3000! Lille 3000 s'est constitué avec l'envie de continuer sur la lancée. C'était une demande et une attente des habitants après 2004.
Il s'agit d'organiser tous les deux ou trois ans un autre gros événement thématique culturel. 2006 a été le thème de l'Inde, 2009 l'Europe de l'Est etc. Ce sont des grands moments, où l'on rassemble de nouveau toutes les forces culturelles.
4. Avez-vous travaillé avec Gênes qui était CEC en même temps que vous?
Nous avons fait des échanges d'artiste et d'œuvres avec Gênes.
Nous avions rêvé d'un billet peu cher qui permettrait d'aller de Lille à Gênes, et de Gênes à Lille pour pouvoir échanger les publics, car c'est une des opportunités les plus intéressantes qu'offrent les CEC.
Une des déceptions de Lille 2004 a été de ne pas réussir à négocier avec la SNCF un tarif préférentiel pour réaliser ce projet.
5. Quels ont été vos sources de financement, notamment européens? Vos investissements? Votre retour sur investissement?
Le budget pour Lille 2004 s'élevait à 73 millions d'euros. Les financements européens ont été plus que faibles. 500 000 francs ont été donnés, à toutes les CEC de l'époque.
En terme de ressources humaines, nous avons confié la gestion du projet à une association. Ce n'était pas une régie directe de la mairie. Pendant toute la montée en puissance, l'équipe était composée d'une vingtaine de personnes.
Enfin, en terme de visiteurs, Lille 2004 a drainé 9 millions de curieux en un an.
6. Quels conseils donneriez vous à une ville candidate?
J'ai deux conseils à donner.
Premier conseil : n'en faites pas un super grand festival et travaillez beaucoup en amont. Nous avons passé un an et demi à aller dans les quartiers pour faire des appels à projets, des petites aux grandes associations, par les moyennes. Tout le monde avait sa place. Tout le réseau culturel local a été ébranlé, et les habitants ont été impliqués.
Second conseil : considérez le fait d'être une CEC comme une étape vers un développement culturel. En 2005, nous avons augmenté le budget de la culture de 30%. Depuis nous n'avons pas arrêté.
Etre CEC, c'est un début et non une fin. C'est comme ça que nous l'avons vu, et c'est certainement pour cela qu'aujourd'hui notre aura de CEC est restée. Ce qui témoigne du véritable succès de Lille 2004, c'est que nous sommes encore CEC même si ce n'est plus le cas.
"Pour nous, être CEC a permis d'aller plus loin dans l'inscription de Lille au cœur de l'Europe. De ce point de vue là, c'est une réussite. Cela a placé Lille sur la carte du monde."
Catherine Cullen, adjointe à la Culture de Lille
C'est le nombre de visiteurs qu'a reçu Lille 2004.







