C. Rouillon : " le bon calcul, c'est de ratifier le pacte européen des maires contre le réchauffement climatique aujourd'hui"
En tant que maire de Coulaines (72), Christophe Rouillon, qui est aussi Conseiller général de la Sarthe, a été le premier signataire français de la Convention européenne des Maires sur le changement climatique. Il explique à Placedeurope.eu pourquoi les 36 000 communes de France doivent ratifier cette convention.

1. Vous avez signé la convention des maires. Qu'est-ce qui a motivé votre engagement ?
C'est notre engagement en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique qui a motivé notre adhésion et mais aussi mon appartenance au Comité des régions de l'Union européenne. Il m'a semblé important de suivre immédiatement l'engagement commun du Comité des régions dans le lancement du Pacte des maires pour réduire de façon massive les émissions de gaz à effets de serre (GES).
Dès la session plénière du CdR d'avril 2008, qui scellait l'accord, j'ai réuni mon conseil municipal pour voter la ratification de ce pacte européen des maires qui vise, concrètement, à atteindre les objectifs dits des "3-20", c'est-à-dire d'atteindre d'ici 2020 les objectifs de 20% des réductions de GES, 20% d'efficacité énergétique, et 20% d'énergie renouvelable.
Pour vous engager vaus aussi, signez la convention ici, et envoyez là par mail au bureau des maires signataires.
Ainsi, nous avons été la première commune de France à ratifier ce pacte et la cinquième d'Europe.
2.Vous avez également signé un "partenariat vert" qui réunit 1500 villes entre l'UE et les Etats-Unis. Quelle est la valeur ajoutée de cet engagement par rapport à la convention des maires?
Effectivement, peu après, nous nous sommes rendus compte que les Etats-Unis s'étaient mobilisés également très fortement puisque près 1500 communes américaines avaient ratifié un pacte équivalent.
Ainsi, à la dernière session du Comité des régions, il y a eu une initiative commune des villes européennes et américaines pour créer, si possible, une pression encore plus forte sur les Etats et pour justement avoir un engagement qui vienne de la base en matière de réduction des GES.
3. En quoi le Pacte des maires cela vous engage-t-il ? Qu'obtenez-vous en retour de cet engagement ? S'agit-il d'une convention contraignante ?
Il s'agit d'un engagement moral de prendre des mesures concrètes au plan local, et la sanction en cas de non respect des engagements est le retrait du label "Pacte européen des Maires" pour la commune, qui nous revient en tant que signataire. On est donc plutôt dans le 'softlaw' et dans l'engagement politique.
4. Cette convention prévoit la mise en œuvre d'un plan d'action. Pourquoi n'y a-t-il pas un plan d'action commun à l'ensemble des signataires ?
Il n'y a effectivement pas de document commun. Néanmoins, il existe un soutien technique commun, organisé par la Commission européenne.
C'est d'ailleurs le seul soutient qu'il y ait de la Commission européenne pour l'instan. L'absence de soutien financier de la Commission constitue le seul regret que je puisse avoir. Le budget n'a pas permis de dégager des fonds importants pour aider les collectivités locales, et il est regrettable qu'il n’y ait pas d'incitation financière à adhérer.
5. En quoi consistent précisément ces plans d'action ? Comment une municipalité rédige-t-elle ce plan d'action?
Il s'agit un plan d'action en faveur de l'énergie durable. A Coulaines, nous avons lancé un bilan carbone, qui débute courant du mois de décembre. Nous allons dresser une sorte de bilan énergétique de la vie quotidienne à Coulaines. Nous allons analyser à la fois les ressources et dépenses énergétiques des services et bâtiments.
Il convient d'aller dans le détail des actions de nos agents municipaux pour déterminer précisément notre empreinte carbone. Par la suite, nous allons établir des scenarii de réduction de GES et des préconisations concrètes dans de nombreux domaines, à la fois des véhicules, des espaces verts etc.
Nous sommes d'ailleurs en train de renouveler totalement les véhicules de la municipalité, en achetant des véhicules roulant au gaz naturel.
Nous plaçons également des secteurs entiers de la ville en prairie pour éviter les tontes, qui se font avec des tondeuses qui fonctionnent au fuel.
Nous revoyons aussi l'efficacité énergétique des bâtiments avec la reconstruction d'une école, avec un bâtiment qui sera producteur et non pas consommateur d'énergie.
Enfin, nous avons mis en place des vélos électriques pour les agents municipaux, disponibles pour leurs petits trajets.
Nous allons multiplier l'ensemble des mesures qui pourront nous permettre d'atteindre nos objectifs.
6. La réunion de tous les maires peut créer une force politique, la preuve en est avec ce Pacte des maires. Quel est leur poids aujourd'hui à Copenhague ?
A mon sens, les collectivités locales ne sont pas suffisamment associées à ce sommet, même si les représentants des grandes villes seront présents.
Aujourd'hui, je crois que 50% des GES proviennent des villes, donc il serait judicieux d'organiser un Copenhague des villes et des collectivités locales parce que les Etats ne sont pas les seuls relais efficaces pour atteindre les objectifs fixés.
Je pense que si les communes engagent en crédibilité leur action, on aura à la fois une diminution des émissions par les collectivités publiques et on sera également un bon relais pour nos concitoyens qui sont très à l'écoute de leurs élus locaux.
7. Neuf cent maires signataires aujourd'hui. Combien demain ?
Neuf cent signataires au niveau européen, c’est pas mal. Mais c'est faible quand on pense qu'il y a déjà 36 000 communes en France. On pourrait d'ailleurs souhaiter que les 36 000 communes françaises ratifient ce pacte. Avec leur 1 000 signatures, les américains sont finalement allés plus vite que nous.
De ce point de vue là, les collectivités locales sont plus actives. On est loin du compte. Certes, certains hésitent car il existe une crainte financière et qu'ils ont peur de mettre le doigt dans un engrenage mais il faut renverser la problématique. C'est en pratiquant la politique de l'autruche que ça coûtera plus cher aux communes dans quelques années.
Rappelons nous que la taxe carbone va s'appliquer aux communes. J'ai écouté le Premier ministre au Congrès des Maires, qui a annoncé qu'il récompenserait les collectivités publiques vertueusesen matière d'énergie verte. Le bon calcul aujourd'hui est de ratifier le Pacte des maires !
En savoir plus :
900 villes d'Europe engagées dans la lutte contre le changement climatique - Placedeurope.eu
Convention des maires - Site officiel







